10.7.11

Les mondes évanouis



Ci-gît notre intimité, au fond d'un lac comme une
nouvelle Atlantide. Peu importe ton absence. Mais
comment me consolerai-je de cette cité engloutie?
C’est un bout de mon territoire qui s’est effrité:
ce pan de monde qui n’existait que parce que nous
nous y promenions ensemble, émergeant du néant
à la mesure de nos foulées synchrones. Et j’ai mal à
ce morceau d’horizon dissipé comme à un bras amputé.

pict. Daido Moriyama, Hawaii, 2007

25.6.11

Exercice 1



Soit deux trains, à quai dans deux gares différentes distantes l'une de l'autre de quelques kilomètres seulement et reliées par une même voie sur laquelle il est possible de circuler dans les deux sens. Compte-tenu que les deux locomotives présentent la particularité de fonctionner non pas au charbon, ni à la vapeur ni à l'électricité, mais au désir de l'une pour l'autre; et s'il est nécessaire au train A d'être attisé par l'absence et la distance du train B pour se mettre en branle, alors que le train B a au contraire besoin d'être régulièrement hameçonné par le côtoiement tangible du train A pour démarrer sa course : comment les trains A et B peuvent-ils espérer entrer un jour en collision? 
Vous avez une vie.

19.6.11

Le port est plein de pitié

  "Le port voudrait lui porter secours; le port est plein de pitié; dans le port il y a la sécurité, le confort, le foyer, le souper, des couvertures chaudes, des amis; tout ce qui est bon à notre faiblesse mortelle. Mais, dans la tempête, le port, la terre, représentent le plus grand danger pour ce vaisseau. Il lui faut fuir toute hospitalité. Un frôlement de rivage, même s'il ne faisait que raser la carène, l'ébranlerait de tout son long. Il doit déployer toutes ses voiles et donner tout ce qu'il peut pour s'éloigner de la terre et, ainsi, lutter contre les vents mêmes qui voudraient le pousser vers le refuge. Il lui faut retrouver les grandes mers ouvertes, toujours loin de la terre, car son seul salut est de piquer désespérément dans le danger, son seul ami, son amer ennemi."

Hermann Melville, Moby Dick.

14.6.11

Sénèque à m.

-Sénèque: "Quand tu auras désappris à espérer, je t'apprendrai à vouloir."
-m : "Vas-y, je crois que tu peux y aller maintenant."

13.6.11

Réplique hivernale



Rechuter dans l'hiver, à l'orée de juin, comme dans un trou masqué par des couches d'humus brun et humide.

Odilon Redon, L'oeil-ballon.

8.6.11

"Fail better"

No matter. Try again. Fail again. Fail better.


Samuel Beckett, Worstward Ho.

28.5.11

Mes museaux

Une muse, un museau...

Lui dont l’épaule est une valeur en soi, mon biceps oreiller, mon cou mouchoir, ma canne qui s’ignore. Comme des fondations. Comme un toit. Comme une promesse de foyer qui serait déjà tenue.

Lui que son égoïsme a fait un individu si exceptionnel mais un ami si impossible. Mon amant cognitif, mon obsession stupide. Un ilot d’importance auquel j’accoste par intermittence. Une impulsion vers de grandes joies. Bel allongeur professionnel de lignes d’horizon.

Lui, le déréalisant, l’imposeur d’utopie, le foreur d’éclaircies. Qui creuse et perce de tous côtés. Derrières mes masques, au-delà de mon ciel, au fond de mon ventre. Un enfant-piège. Plein de sables mouvants, dont on n’approche pas sans danger et qui presque donne envie d’être proie.

Lui dont la force est celle de l’arbre, mon silencieux exemple, mon homme-tronc. Sculpteur de mon bois. L’indéfectible Ami, dont la seule certitude de l’existence paisible fait le monde moins laid, et les hommes plus doux.